LISA, star mondiale de la K-pop et membre du groupe emblématique BLACKPINK vient de sortir un album le 28 février dernier, ALTER EGO. Il s’agit de son tout premier album studio en tant qu’artiste solo indépendante. C’est un album que je qualifierai de versatile, et qui m’a frappé par la richesse de ses sonorités. Musicalement j’adore, d’autant plus qu’il intègre des collaborations avec des artistes internationaux de premier plan : Raye, Doja Cat, Rosalía, Tyla, Future, et Megan Thee Stallion.
Explorons le fond plutôt que la forme
Et depuis la sortie d’ALTER EGO, les analyses et commentaires de fans se multiplient sur les réseaux sociaux. Notamment pour applaudir le travail de leur idole favorite. La plupart d’entre eux perçoit l’album comme une narration du parcours de LISA depuis qu’elle a auditionné chez YG Entertainment à l’âge de 13 ans jusqu’à aujourd’hui. L’album est ainsi perçu comme une succession de transformations traversées par LISA et illustrées par 5 alter egos. Beaucoup louent la direction artistique du projet et à la qualité musicale des 15 titres. Ils partagent ainsi leur classement personnel des chansons et font la promotion de l’album. Mais dans cet article je vais explorer le fond plutôt que la forme du projet. Je vais vous proposer une autre manière d’aborder cet album, une autre grille de lecture, et vous allez comprendre pourquoi.
Une vision première qui fait trop cliché
En effet, à lire les différentes analyses, on pourrait penser que cet album de LISA n’est finalement qu’une ode à elle-même. Un éloge de son parcours et de son statut de star. Elle qui a enduré tant d’épreuves mais qui a finalement réussi à réaliser son rêve. Dès lors, on nous dépeint une LISA comme une femme indestructible. Une femme qui a renversé le pouvoir, et qui dicte désormais sa volonté au monde. Une LISA qui n’a besoin de personne pour réussir et qui, avec arrogance, nous jète même au visage sa richesse matérielle. Je fais volontairement un raccourci en grossissant le trait, mais c’est justement pour montrer que cette interprétation doit être dépassée. Parce que pour moi cette vision première fait trop cliché. Surtout, ça me renvoie trop au concept élaboré par son agence YG Entertainment il y a plus de 10 ans. Un concept qui a construit l’image du groupe BLACKPINK en tant que figures du girl power.
ALTER EGO : Un album plus profond qu’il n’y paraît
Aussi je doute que LISA, qui va bientôt avoir 28 ans et qui est devenue indépendante, ait voulu nous servir du réchauffé avec son premier album personnel. Au contraire, je suis convaincu qu’ALTER EGO est plus profond qu’il n’y paraît. Mais pour le comprendre, faut-il encore gratter derrière ce qui saute aux yeux et aux oreilles. Faut-il encore être attentif aux textes et surtout à la présence discrète de certains mots.
Déjà pour commencer, c’est LISA elle-même qui nous a expliqué que le projet était né alors qu’elle explorait différents styles de musique dans son studio d’enregistrement. Et plutôt que de se contraindre à faire un choix, elle s’est finalement dit : « Pourquoi ne pas simplement mettre tous les différents styles dans l’album et l’appeler Alter Ego ? » Aussi, beaucoup de fans décrivent le concept des alter egos comme un coup de génie, mais c’est exagéré. Déjà parce qu’elle n’est pas la première artiste à utiliser ce concept, mais surtout parce que l’idée a surgi d’une manière plus simple et évidente pour donner de la cohérence au projet. Et là encore, c’est LISA qui a expliqué au média The Straight Times que ces cinq personnages sont tous des extensions d’elle-même : « Ils sont tous très proches de moi. Je suis juste une fille. Les filles ont leurs humeurs et sont différentes chaque jour. Donc, je suppose que ces cinq-là sont toutes moi. »
ALTER EGO : Un album qui cherche à nous interroger
Et c’est précisément de là que tout le monde devrait partir. Parce qu’ALTER EGO est en fait une exploration identitaire, une introspection de son moi. C’est aussi une exploration des contradictions de l’être humain, et par extension de notre société. Enfin, ALTER EGO est la confrontation entre la véritable personnalité de LISA et son image publique d’idole. C’est un album qui ne doit pas seulement être écouté ou consommé. Je pense que c’est un album qui veut surtout nous interroger. Parce que quand on y regarde de plus près, chaque chanson pose une question. Tel un miroir, chaque image que LISA nous renvoie d’elle nous interroge sur notre perception. Et je le dis, ceux qui se focalisent uniquement sur la surface visible de l’album vont passer à côté de l’essentiel.
Pour essayer de vous le démontrer je vais vous donner trois exemples qui sont pour moi frappants. Je ne vais pas vous faire toutes les chansons parce que ce serait trop long, et je pense aussi qu’il appartient à chacun de faire ses propres recherches.
Qui est véritablement LISA ?
Je vais commencer par Chill, une chanson que j’ai vraiment commencé à aimer après plusieurs écoutes. Dans Chill, LISA se compare à Mona Lisa : « Camera sur mon visage, appelez-moi Mona Lisa ». Cette métaphore soulève une question fascinante : que signifie être constamment observée et scrutée comme une œuvre d’art ? Ici LISA semble interroger son propre statut d’icône moderne. Est-elle libre d’être elle-même ou est-elle réduite à une image publique soigneusement construite ? Ce parallèle entre l’art et la célébrité met en lumière la tension entre visibilité et authenticité dans sa vie. Par ailleurs, le monde entier connaît Mona Lisa. Le monde entier se masse pour voir durant quelques minutes ce visage iconique. Mais qui est Mona Lisa ? Personne ne le sait. Et si Mona Lisa est admirée pour son mystère, LISA semble suggérer que sa propre vie publique est également marquée par une énigme : qui est-elle réellement derrière cette image ?
Un outil rhétorique caché dans les paroles
Le deuxième exemple se trouve dans la chanson Lifestyle. Les paroles décrivent une existence marquée par des symboles ostentatoires tels que les « fast cars », les « diamonds on my tick-tock », et des lieux emblématiques comme Los Angeles, Bangkok ou Abu Dhabi. Ces éléments reflètent une vie de privilèges que LISA assume pleinement. Elle revendique son succès comme étant le fruit de son travail acharné et de sa persévérance dans une industrie exigeante, la K-pop. Elle se positionne comme une femme indépendante qui contrôle sa destinée, et elle rejette toute validation extérieure.
Mais à plusieurs reprises, LISA nous dit aussi « C’est juste mon style de vie ». Aussi je pense que l’utilisation du terme « juste » est loin d’être anodine. Il devient au contraire un outil rhétorique qui nous interroge sur la perception que les fans ont d’elle, et il sert aussi à nuancer l’image qu’elle nous donne. Lorsque LISA affirme en interview « Je suis juste une fille. » elle veut avant tout nous dire qu’elle est comme toutes les autres filles. Et cela confirme la vision que j’ai des idoles, c’est-à-dire des personnes ordinaires qui ont su se construire un destin extraordinaire.
Désamorcer les attentes démesurées du public
Aussi, lorsque LISA nous dit que c’est « juste » son style de vie, elle nous explique en fait que celui-ci n’est que la conséquence logique de son parcours et de son travail. Sa part du gâteau en somme, rien de plus. Mais on voit bien qu’elle cherche à désamorcer les attentes démesurées qu’on pourrait avoir envers elle en tant que star mondiale. Parce que cette déclaration pose aussi une question, un doute même : est-ce que ce luxe ostentatoire est le reflet de sa véritable personnalité ? Ou est-ce encore un masque, un rôle qu’elle joue pour répondre aux attentes du public ? Aussi je pense que LISA nous invite à ne pas se fier au paraître. Elle nous interroge sur la superficialité de notre société actuelle, notamment à travers les réseaux sociaux. N’oublions pas d’ailleurs qu’elle est bouddhiste, et que dans cette religion le détachement matériel est très important.
Entre provocation et introspection
Pour conclure, chacun trouvera ses propres réponses en explorant l’album de LISA, mais le but de mon analyse est avant tout de vous inciter à vous poser les bonnes questions. Le titre Fxck Up The World ci-dessous est particulièrement intéressant. Un rap puissant qui produit une tension palpable, laquelle incarne la rébellion et l’ambition démesurée. La rébellion face à un système opressif qui l’a tant brimée depuis ses 13 ans et qui veut tout contrôler, j’ai nommé l’industrie de la K-pop. Et une ambition qui s’exprime de manière chaotique, poussant LISA à vouloir « foutre en l’air le monde ». Elle nuance alors par cette déclaration « Only do things that are makin’ history ». Cela suggère qu’elle cherche un impact plus durable que les simples symboles matériels. LISA oscille en permanence entre provocation et introspection. Son alter ego rebelle et intrépide, Vixi, semble ainsi vouloir détruire le système en place pour mieux le reconstruire. Il interroge également sur la nature réel du pouvoir, celui du système qu’elle défie autant que celui qu’elle exerce elle-même.
Une dualité narrative pour illustrer un paradoxe
La scène du clip vidéo, où LISA tient simultanément le rôle de commissaire-priseur et celui du public qui enchérit, est particulièrement riche en symbolisme. Cette dualité visuelle et narrative reflète les thèmes centraux de la chanson et de l’album. Notamment la tension entre contrôle et chaos, pouvoir et aliénation, ainsi que la question de l’identité dans un système oppressif. En incarnant à la fois le commissaire-priseur (celui qui orchestre la vente) et les enchérisseurs (ceux qui consomment), LISA semble dénoncer la marchandisation de l’artiste dans l’industrie musicale. Cette mise en scène interroge : LISA est-elle réellement aux commandes de son image (comme le suggère son rôle de commissaire-priseur) ou est-elle elle-même un produit soumis aux désirs du marché (comme le montre son rôle d’enchérisseuse) ? Elle semble dès lors illustrer un paradoxe : même lorsqu’elle paraît dominer le système, elle reste enfermée dans ses propres mécanismes.
DÉCOUVREZ LA DISCOGRAPHIE DE LISA
Image : Couvertures de l’album ALTER EGO illustrant les 5 personnages.
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